Centres de rétention : la situation empire pour les étrangers

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    Centres de rétention : la situation empire pour les étrangers
    <http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/18/centres-de-retention-la-situation-empire-pour-les-etrangers_4525358_3224.html#xtor=AL-32280270%20&gt;

Le bilan 2013 des mesures d'éloignement des étrangers montre que de plus en plus d'entre eux sont enfermés sans contrôle du juge.

18.11.2014 à 15:18

Par Franck Johannès,
le 19 novembre 2014 à 07h50

Le bilan 2013 des mesures d'éloignement des étrangers montre que de plus en plus d'entre eux sont enfermés sans contrôle du juge.

L'état des lieux est assez effrayant. Après avoir vivement combattu en 2011 la loi Besson sur l'immigration, la majorité l'a finalement jugé suffisamment à sa main pour en conserver l'essentiel dans le projet de loi adopté le 23 juillet en conseil des ministres.

Le contrôle du juge, auparavant après quarante-huit heures, a été repoussé à cinq jours, et la durée de rétention pour les étrangers à quarante-cinq jours. En 2013, le recours à la rétention administrative, censé être /« l'exception »/, est devenu /« un instrument banal de procédure »/, selon les cinq associations -- la Cimade (centre oecuménique d'entraide), Forum réfugiés, France Terre d'asile, l'Ordre de Malte et l'Assfam (Association service social familial migrants) -- qui ont accès à ces locaux d'enfermement. Outre-mer, c'est pire : les préfectures font à peu près ce qu'elles veulent.

/« Plus de 50 000 personnes ont été éloignées de force en 2013, soit 15 % de plus que l'année précédente »/, ont indiqué, mardi 18 novembre, ces associations dans un rapport commun. Soit le double de ce qu'annonçait le 31 janvier le ministère de l'intérieur -- qui ne prenait pas en compte les chiffres de l'Outre-Mer. Or /« quatre départements d'outre-mer regroupent à eux seuls davantage d'éloignements que les 95 départements métropolitains »/, soulignent les associations, /«/ /et c'est là que se concentrent les plus graves atteintes aux droits fondamentaux »/. 60 % des personnes éloignées ne le sont pas dans un pays lointain, mais dans l'Union européenne.

    Durées de rétention très variables

Près de 45 000 personnes ont été placées en rétention en 2013, dont 3 600 enfants, et 1 200 assignées à résidence. Dans un centre de rétention (CRA), il n'est pas possible de sortir, mais on peut avoir accès à un avocat, une association, un médecin, un téléphone pour préparer son dossier. Ce n'est guère le cas dans les locaux de rétention administrative, des locaux de police, où 3 309 personnes ont été retenues en 2013 dont 223 enfants en parfaite illégalité (pour l'essentiel à Mayotte).

La rétention est censée être la plus courte possible. Cela dépend de l'endroit où se fait arrêter l'étranger : la Moselle détient le record de la plus longue durée moyenne de rétention (18,6 jours), avec le plus haut taux de personnes retenues plus de quarante jours (23 %), suivie de près par la préfecture du Doubs. En revanche, dans le Maine-et-Loire, la durée moyenne de rétention est de 7,9 jours et 3,2 % des retenus sont prisonniers plus de quarante jours. Ces choix /« n'ont aucune incidence sur l'effectivité de l'éloignement »/, démontrent les associations. 65 % des reconduites à la frontière ont lieu dans les dix jours.

L'accès au juge, garant des libertés, recule : 54 % des retenus ont été expulsés de métropole avant d'avoir pu s'expliquer devant un magistrat ; dans les outre-mer, le chiffre est de... 99 %. Or 27 % des personnes retenues qui ont pu rencontrer un juge ont été libérées, en 2013, sur une faute de procédure (29 % en métropole, presque le tiers). Et 7 % des décisions préfectorales ont été annulées par les tribunaux administratifs -- le taux est de 0,3 % outre-mer.

/« Le projet de loi du gouvernement va plus loin que la loi Besson,/ regrettent les associations, /et donne toujours plus de pouvoirs à l'administration au détriment du contrôle du juge. Nous demandons une profonde révision de ce texte. »/

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    Centres de rétention : la situation empire pour les étrangers
    <http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/18/centres-de-retention-la-situation-empire-pour-les-etrangers_4525358_3224.html#xtor=AL-32280270%20&gt;

Le bilan 2013 des mesures d'éloignement des étrangers montre que de plus en plus d'entre eux sont enfermés sans contrôle du juge.

> 18.11.2014 à 15:18 par Franck Johannès,
le 19 novembre 2014 à 07h50

/Une version plus complète de l'article dans Le Monde papier daté 20 novembre :confused:

    *Les expulsions d'étrangers restent massives*

Un rapport d'ONG dénonce des " atteintes graves aux droits fondamentaux " dans les centres de rétention

L'état des lieux est effrayant. Si la politique d'immigration a longtemps été un élément majeur de l'identité de la gauche, celle-ci ne s'en émeut plus guère aujourd'hui. Si l'on en croit le rapport rendu public le 18 novembre, par cinq associations autorisées à entrer dans les centres de rétention, l'année 2013 a été marquée par une nette augmentation du nombre d'éloignements forcés d'étrangers. Il a augmenté de 15 % - passant de 38 652 à 44 458, en comptant l'outre-mer, " où se concentrent les plus graves atteintes aux droits fondamentaux ", et même à 51 844 en intégrant le dispositif d'" aide au retour ".

Le chiffre diminue légèrement en métropole : 32 912 en 2011, 39 822 en 2012 - Claude Guéant, le ministre de l'intérieur de Nicolas Sarkozy, avait promis 40 000 expulsions par an si le chef de l'Etat était réélu - et seulement 28 209 en 2013. Mais la baisse s'explique en grande partie par la chute (- 58 %) de l'aide au retour, surtout pour les Roumains (- 84 %), dont l'efficacité était discutable.

Le contrôle du juge reporté

Après avoir vivement combattu en 2011 la loi Besson sur l'immigration, la majorité l'a finalement jugée suffisamment à sa main pour en conserver l'essentiel, dans le projet de loi adopté le 23 juillet en conseil des ministres. Le contrôle du juge garant des libertés, qui intervenait d'abord après deux jours de rétention, a été repoussé à cinq jours, ce qui permet aux préfectures d'expulser sans s'embarrasser de procédures judiciaires : 54 % des étrangers de métropole sont éloignés sans avoir croisé un magistrat ; en outre-mer cette proportion monte à 99 %.

La durée maximale de rétention pour les étrangers a été portée par la droite à quarante-cinq jours, et la gauche l'a adopté, bien que l'efficacité de ce long délai soit statistiquement douteux : 65 % des reconduites à la frontière ont lieu dans les dix premiers jours.

Ainsi, la rétention administrative, censée être " l'exception ", est devenue " un instrument banal de procédure ", relèvent la Cimade (Centre oecuménique d'entraide), Forum réfugiés, France Terre d'asile, l'Ordre de Malte et l'Assfam (Association service social familial migrants). Outre-mer, c'est pire : les préfectures, grâce à un statut dérogatoire, bénéficient " d'une extraordinaire liberté d'expulser " : le délai de rétention est de onze jours en moyenne en métropole, mais de 1,1 jour outre-mer. A peine interpellé, l'étranger est expulsé, sans avoir eu ni le temps ni les moyens d'exercer un recours.

Près de 45 000 personnes ont été placées en rétention en 2013, dont 3 600 enfants, et 1 200 seulement assignées à résidence. Dans un centre de rétention (CRA), il n'est pas possible de sortir, mais on peut avoir accès à un avocat, une association, un médecin, un téléphone pour préparer son dossier. Ce n'est guère le cas dans les locaux de rétention administrative (LRA), en pratique des locaux de police, où 3 309 personnes ont été retenues en 2013 dans des conditions matérielles difficiles.

Records en Moselle

" Je veux prendre l'engagement, si je suis élu à la présidence de la République, de mettre fin dès mai 2012 à la rétention des enfants et donc des familles avec enfants ",avait écrit le candidat François Hollande. On en est loin : 3 607 enfants ont été placés en rétention en 2013, contre 2 674 en 2012. Pire, 223 enfants (51 en métropole) ont été retenus en parfaite illégalité dans des LRA, qui ne sont pas habilités à recevoir des familles.

La rétention est censée être la plus courte possible. Cela dépend en réalité de l'endroit où on se fait arrêter : la Moselle détient le record de la plus longue durée moyenne de rétention (18,6 jours), avec le plus haut taux de personnes retenues plus de 40 jours (23 %), suivie de près par le Doubs. En revanche, dans le Maine-et-Loire, la durée moyenne de rétention est de 7,9 jours et 3,2 % seulement des retenus sont prisonniers plus de 40 jours. Ces choix n'ont pourtant " aucune incidence sur l'effectivité de l'éloignement ", démontrent les associations.

Une petite moitié (46 %) des interpellés ont finalement été libérés en 2013. Pour l'essentiel par les juges judiciaires, c'est-à-dire les juges des libertés et de la détention ou en appel (42 %), par les juges administratifs (15 % - contre 0,3 % en outre-mer), en raison de l'expiration légale du délai de rétention (20 %) ou sur décision préfectorale ou ministérielle (18 %).

" Le projet de loi du gouvernement va plus loin que la loi Besson, regrettent les associations, et donne toujours plus de pouvoirs à l'administration au détriment du contrôle du juge. Nous demandons une profonde révision de ce texte. "

*Franck Johannè**s*