La transparence des CRA au coeur d’une campagne européenne
Malgré des conditions de séjour convenables, le centre de rétention administrative (CRA) de Lyon-Saint-Exupéry laisse entières la détresse et l’incertitude des sans-papiers concernés, sources de tensions et de troubles psychologiques. Chose inhabituelle la presse a pu avoir accès à ce centre servant à étudier la situation des personnes en situation irrégulière avant d’autoriser leur remise en liberté sur le territoire français ou – dans la majorité des cas – de décider leur expulsion.
Un ancien hôtel d’aéroport transformé en centre de rétention
D’ordinaire interdit à la presse, comme les 24 autres centres de rétention de France, le CRA de Lyon a ouvert ses portes mardi à Rue89 et l’AFP aux côtés de deux députées européennes, Sylvie Guillaume (PS) et Marie-Christine Vergiat (Front de gauche). Cette visite politico-médiatique s’inscrit dans le cadre de la campagne Open Access Now initiée en janvier 2012 par le Réseau euro-africain Migreurop de défense des droits des migrants et d’Alternative européenne, organisation de promotion de la démocratie et de l’égalité sociale. Une initiative visant à permettre l’accès sans condition de la presse à ces lieux de privation de liberté méconnus du public.
Cerné d’un grillage surmonté de barbelés, cet ancien hôtel Formule 1 qui accueillait hôtesses et stewards de l’aéroport voisin a été transformé en 1995. C’est là que sont conduits, sur simple décision de police, les personnes en situation irrégulières interpellées à la suite d’un contrôle d’identité. En théorie, la justice doit alors décider si l’enfermement est justifié, mais de nombreux migrants sont placés à bord de vols réguliers sur décision préfectorale, avant même que leur cas soit examiné par un juge.
Une cour de promenade a remplacé la piscine et les fenêtres ont été hérissées de grilles. « La culture, c’est de faire en sorte que ça se passe le mieux - ou le moins mal - possible », résume le directeur du centre, le commandant de police Charles Purchla, partisan du « dialogue » et d’une organisation peu coercitive. En aparté, plusieurs sans-papiers le confirment : ils circulent librement entre les chambres et la cour, et n’ont besoin d’aucune autorisation policière pour se rendre au service médical ou à la permanence juridique de l’association Forum réfugiés.
Des conditions très inégales d’un centre à l’autre
Mais, Lyon fait figure de centre « humain », observent les députées, qui ont visité plusieurs CRA dans le cadre d’une campagne européenne destinée à faciliter l’accès aux lieux d’enfermement des étrangers sur tout le continent. « À l’inverse, Marseille est un des pires de France. Il n’y a aucune liberté de circulation, les locaux sont très dégradés et les retenus n’ont aucune activité. Ils ont dû se fabriquer un ballon avec des bouts de chaussettes », confie Marie-Christine Vergiat.
Dans le centre lyonnais de 112 places, où séjournent actuellement 51 hommes et 2 femmes, tout rappelle pourtant l’univers carcéral et la situation d’enfermement et de transit de ces étrangers en attente d’expulsion, suspendus à l’espoir d’un recours. Spartiates, les chambres de quatre places bénéficient d’une télévision, mais n’ont aucun casier personnel. Quelques feuilles de papier toilette forment un abat-jour de fortune et rien ne traîne dans le bloc sanitaire gris.
L’entrée débouche sur un poste de police bardé de tableaux indiquant la situation de chaque retenu, les escortes à prévoir pour les audiences ou les embarquements, et quelques notations en rouge : « risque de fuite », « rébellion », « violences + scarifié ». Un détecteur de métaux ouvre sur les quatre boxes aveugles destinés aux visites. À côté, un haut grillage vert permet de « sectoriser la cour en cas de tensions intercommunautaires, même si on ne l’utilise pas », décrypte M. Purchla.
Journées entre babyfoot et stress des démarches judiciaires
Pourtant, les tensions ne manquent pas, reconnaissent tous les interlocuteurs. Il arrive que les retenus de différentes origines « se toisent » au réfectoire, ou que « les chaises volent » quand le médecin refuse de délivrer les médicaments exigés. « Il y a beaucoup de troubles du comportement, généralement “réactionnels” à leur situation », détaille le médecin.
Loïc Montesinos, de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), souligne que « chacun exprime sa détresse différemment - de façon agressive ou dépressive », notamment les sortants de prison qui « ne s’attendaient pas à se retrouver là ». Sur ces journées d’attente, rythmées par une partie de cartes ou de babyfoot, plane aussi la menace des délais « très courts » de recours, selon Forum réfugiés : 48 heures pour le tribunal administratif, 5 jours pour une demande d’asile.
Au final, la moitié de personnes qui seront finalement expulsées, avec les conséquences que l’on imagine sur ces migrants qui ont pour la plupart déboursé des sommes importantes pour entrer en France. Les autres sont libérées sur décision judiciaire ou préfectorale, après avoir obtenu gain de cause dans leurs démarches, à expiration des délais légaux d’enfermement ou si le juge des libertés invalide la procédure de police. Une liberté précaire donc pour ces derniers, jusqu’au prochain contrôle d’identité.
Rached Cherif
(Avec AFP)
Malgré des conditions de séjour convenables, le centre de rétention administrative (CRA) de Lyon-Saint-Exupéry laisse entières la détresse et l’incertitude des sans-papiers concernés, sources de tensions et de troubles psychologiques. Chose inhabituelle la presse a pu avoir accès à ce centre servant à étudier la situation des personnes en situation irrégulière avant d’autoriser leur remise en liberté sur le territoire français ou – dans la majorité des cas – de décider leur expulsion.
Un ancien hôtel d’aéroport transformé en centre de rétention
D’ordinaire interdit à la presse, comme les 24 autres centres de rétention de France, le CRA de Lyon a ouvert ses portes mardi à Rue89 et l’AFP aux côtés de deux députées européennes, Sylvie Guillaume (PS) et Marie-Christine Vergiat (Front de gauche). Cette visite politico-médiatique s’inscrit dans le cadre de la campagne Open Access Now initiée en janvier 2012 par le Réseau euro-africain Migreurop de défense des droits des migrants et d’Alternative européenne, organisation de promotion de la démocratie et de l’égalité sociale. Une initiative visant à permettre l’accès sans condition de la presse à ces lieux de privation de liberté méconnus du public.
Cerné d’un grillage surmonté de barbelés, cet ancien hôtel Formule 1 qui accueillait hôtesses et stewards de l’aéroport voisin a été transformé en 1995. C’est là que sont conduits, sur simple décision de police, les personnes en situation irrégulières interpellées à la suite d’un contrôle d’identité. En théorie, la justice doit alors décider si l’enfermement est justifié, mais de nombreux migrants sont placés à bord de vols réguliers sur décision préfectorale, avant même que leur cas soit examiné par un juge.
Une cour de promenade a remplacé la piscine et les fenêtres ont été hérissées de grilles. « La culture, c’est de faire en sorte que ça se passe le mieux - ou le moins mal - possible », résume le directeur du centre, le commandant de police Charles Purchla, partisan du « dialogue » et d’une organisation peu coercitive. En aparté, plusieurs sans-papiers le confirment : ils circulent librement entre les chambres et la cour, et n’ont besoin d’aucune autorisation policière pour se rendre au service médical ou à la permanence juridique de l’association Forum réfugiés.
Des conditions très inégales d’un centre à l’autre
Mais, Lyon fait figure de centre « humain », observent les députées, qui ont visité plusieurs CRA dans le cadre d’une campagne européenne destinée à faciliter l’accès aux lieux d’enfermement des étrangers sur tout le continent. « À l’inverse, Marseille est un des pires de France. Il n’y a aucune liberté de circulation, les locaux sont très dégradés et les retenus n’ont aucune activité. Ils ont dû se fabriquer un ballon avec des bouts de chaussettes », confie Marie-Christine Vergiat.
Dans le centre lyonnais de 112 places, où séjournent actuellement 51 hommes et 2 femmes, tout rappelle pourtant l’univers carcéral et la situation d’enfermement et de transit de ces étrangers en attente d’expulsion, suspendus à l’espoir d’un recours. Spartiates, les chambres de quatre places bénéficient d’une télévision, mais n’ont aucun casier personnel. Quelques feuilles de papier toilette forment un abat-jour de fortune et rien ne traîne dans le bloc sanitaire gris.
L’entrée débouche sur un poste de police bardé de tableaux indiquant la situation de chaque retenu, les escortes à prévoir pour les audiences ou les embarquements, et quelques notations en rouge : « risque de fuite », « rébellion », « violences + scarifié ». Un détecteur de métaux ouvre sur les quatre boxes aveugles destinés aux visites. À côté, un haut grillage vert permet de « sectoriser la cour en cas de tensions intercommunautaires, même si on ne l’utilise pas », décrypte M. Purchla.
Journées entre babyfoot et stress des démarches judiciaires
Pourtant, les tensions ne manquent pas, reconnaissent tous les interlocuteurs. Il arrive que les retenus de différentes origines « se toisent » au réfectoire, ou que « les chaises volent » quand le médecin refuse de délivrer les médicaments exigés. « Il y a beaucoup de troubles du comportement, généralement “réactionnels” à leur situation », détaille le médecin.
Loïc Montesinos, de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), souligne que « chacun exprime sa détresse différemment - de façon agressive ou dépressive », notamment les sortants de prison qui « ne s’attendaient pas à se retrouver là ». Sur ces journées d’attente, rythmées par une partie de cartes ou de babyfoot, plane aussi la menace des délais « très courts » de recours, selon Forum réfugiés : 48 heures pour le tribunal administratif, 5 jours pour une demande d’asile.
Au final, la moitié de personnes qui seront finalement expulsées, avec les conséquences que l’on imagine sur ces migrants qui ont pour la plupart déboursé des sommes importantes pour entrer en France. Les autres sont libérées sur décision judiciaire ou préfectorale, après avoir obtenu gain de cause dans leurs démarches, à expiration des délais légaux d’enfermement ou si le juge des libertés invalide la procédure de police. Une liberté précaire donc pour ces derniers, jusqu’au prochain contrôle d’identité.
Rached Cherif
(Avec AFP)
Malgré des conditions de séjour convenables, le centre de rétention administrative (CRA) de Lyon-Saint-Exupéry laisse entières la détresse et l’incertitude des sans-papiers concernés, sources de tensions et de troubles psychologiques. Chose inhabituelle la presse a pu avoir accès à ce centre servant à étudier la situation des personnes en situation irrégulière avant d’autoriser leur remise en liberté sur le territoire français ou – dans la majorité des cas – de décider leur expulsion.
Un ancien hôtel d’aéroport transformé en centre de rétention
D’ordinaire interdit à la presse, comme les 24 autres centres de rétention de France, le CRA de Lyon a ouvert ses portes mardi à Rue89 et l’AFP aux côtés de deux députées européennes, Sylvie Guillaume (PS) et Marie-Christine Vergiat (Front de gauche). Cette visite politico-médiatique s’inscrit dans le cadre de la campagne Open Access Now initiée en janvier 2012 par le Réseau euro-africain Migreurop de défense des droits des migrants et d’Alternative européenne, organisation de promotion de la démocratie et de l’égalité sociale. Une initiative visant à permettre l’accès sans condition de la presse à ces lieux de privation de liberté méconnus du public.
Cerné d’un grillage surmonté de barbelés, cet ancien hôtel Formule 1 qui accueillait hôtesses et stewards de l’aéroport voisin a été transformé en 1995. C’est là que sont conduits, sur simple décision de police, les personnes en situation irrégulières interpellées à la suite d’un contrôle d’identité. En théorie, la justice doit alors décider si l’enfermement est justifié, mais de nombreux migrants sont placés à bord de vols réguliers sur décision préfectorale, avant même que leur cas soit examiné par un juge.
Une cour de promenade a remplacé la piscine et les fenêtres ont été hérissées de grilles. « La culture, c’est de faire en sorte que ça se passe le mieux - ou le moins mal - possible », résume le directeur du centre, le commandant de police Charles Purchla, partisan du « dialogue » et d’une organisation peu coercitive. En aparté, plusieurs sans-papiers le confirment : ils circulent librement entre les chambres et la cour, et n’ont besoin d’aucune autorisation policière pour se rendre au service médical ou à la permanence juridique de l’association Forum réfugiés.
Des conditions très inégales d’un centre à l’autre
Mais, Lyon fait figure de centre « humain », observent les députées, qui ont visité plusieurs CRA dans le cadre d’une campagne européenne destinée à faciliter l’accès aux lieux d’enfermement des étrangers sur tout le continent. « À l’inverse, Marseille est un des pires de France. Il n’y a aucune liberté de circulation, les locaux sont très dégradés et les retenus n’ont aucune activité. Ils ont dû se fabriquer un ballon avec des bouts de chaussettes », confie Marie-Christine Vergiat.
Dans le centre lyonnais de 112 places, où séjournent actuellement 51 hommes et 2 femmes, tout rappelle pourtant l’univers carcéral et la situation d’enfermement et de transit de ces étrangers en attente d’expulsion, suspendus à l’espoir d’un recours. Spartiates, les chambres de quatre places bénéficient d’une télévision, mais n’ont aucun casier personnel. Quelques feuilles de papier toilette forment un abat-jour de fortune et rien ne traîne dans le bloc sanitaire gris.
L’entrée débouche sur un poste de police bardé de tableaux indiquant la situation de chaque retenu, les escortes à prévoir pour les audiences ou les embarquements, et quelques notations en rouge : « risque de fuite », « rébellion », « violences + scarifié ». Un détecteur de métaux ouvre sur les quatre boxes aveugles destinés aux visites. À côté, un haut grillage vert permet de « sectoriser la cour en cas de tensions intercommunautaires, même si on ne l’utilise pas », décrypte M. Purchla.
Journées entre babyfoot et stress des démarches judiciaires
Pourtant, les tensions ne manquent pas, reconnaissent tous les interlocuteurs. Il arrive que les retenus de différentes origines « se toisent » au réfectoire, ou que « les chaises volent » quand le médecin refuse de délivrer les médicaments exigés. « Il y a beaucoup de troubles du comportement, généralement “réactionnels” à leur situation », détaille le médecin.
Loïc Montesinos, de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), souligne que « chacun exprime sa détresse différemment - de façon agressive ou dépressive », notamment les sortants de prison qui « ne s’attendaient pas à se retrouver là ». Sur ces journées d’attente, rythmées par une partie de cartes ou de babyfoot, plane aussi la menace des délais « très courts » de recours, selon Forum réfugiés : 48 heures pour le tribunal administratif, 5 jours pour une demande d’asile.
Au final, la moitié de personnes qui seront finalement expulsées, avec les conséquences que l’on imagine sur ces migrants qui ont pour la plupart déboursé des sommes importantes pour entrer en France. Les autres sont libérées sur décision judiciaire ou préfectorale, après avoir obtenu gain de cause dans leurs démarches, à expiration des délais légaux d’enfermement ou si le juge des libertés invalide la procédure de police. Une liberté précaire donc pour ces derniers, jusqu’au prochain contrôle d’identité.
Rached Cherif
(Avec AFP)
La transparence des CRA au coeur d’une campagne européennemercredi 17 juillet 2013
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A ne pas confondre avec les zones d’attente, les CRA sont des lieux d’enfermement pour les personnes en situation irrégulière avant un éventuel éloignement du territoire. Joel Saget / AFP
Malgré des conditions de séjour convenables, le centre de rétention administrative (CRA) de Lyon-Saint-Exupéry laisse entières la détresse et l’incertitude des sans-papiers concernés, sources de tensions et de troubles psychologiques. Chose inhabituelle la presse a pu avoir accès à ce centre servant à étudier la situation des personnes en situation irrégulière avant d’autoriser leur remise en liberté sur le territoire français ou – dans la majorité des cas – de décider leur expulsion.
Un ancien hôtel d’aéroport transformé en centre de rétention
D’ordinaire interdit à la presse, comme les 24 autres centres de rétention de France, le CRA de Lyon a ouvert ses portes mardi à Rue89 et l’AFP aux côtés de deux députées européennes, Sylvie Guillaume (PS) et Marie-Christine Vergiat (Front de gauche). Cette visite politico-médiatique s’inscrit dans le cadre de la campagne Open Access Now initiée en janvier 2012 par le Réseau euro-africain Migreurop de défense des droits des migrants et d’Alternative européenne, organisation de promotion de la démocratie et de l’égalité sociale. Une initiative visant à permettre l’accès sans condition de la presse à ces lieux de privation de liberté méconnus du public.
Cerné d’un grillage surmonté de barbelés, cet ancien hôtel Formule 1 qui accueillait hôtesses et stewards de l’aéroport voisin a été transformé en 1995. C’est là que sont conduits, sur simple décision de police, les personnes en situation irrégulières interpellées à la suite d’un contrôle d’identité. En théorie, la justice doit alors décider si l’enfermement est justifié, mais de nombreux migrants sont placés à bord de vols réguliers sur décision préfectorale, avant même que leur cas soit examiné par un juge.
Une cour de promenade a remplacé la piscine et les fenêtres ont été hérissées de grilles. « La culture, c’est de faire en sorte que ça se passe le mieux - ou le moins mal - possible », résume le directeur du centre, le commandant de police Charles Purchla, partisan du « dialogue » et d’une organisation peu coercitive. En aparté, plusieurs sans-papiers le confirment : ils circulent librement entre les chambres et la cour, et n’ont besoin d’aucune autorisation policière pour se rendre au service médical ou à la permanence juridique de l’association Forum réfugiés.
Des conditions très inégales d’un centre à l’autre
Mais, Lyon fait figure de centre « humain », observent les députées, qui ont visité plusieurs CRA dans le cadre d’une campagne européenne destinée à faciliter l’accès aux lieux d’enfermement des étrangers sur tout le continent. « À l’inverse, Marseille est un des pires de France. Il n’y a aucune liberté de circulation, les locaux sont très dégradés et les retenus n’ont aucune activité. Ils ont dû se fabriquer un ballon avec des bouts de chaussettes », confie Marie-Christine Vergiat.
Dans le centre lyonnais de 112 places, où séjournent actuellement 51 hommes et 2 femmes, tout rappelle pourtant l’univers carcéral et la situation d’enfermement et de transit de ces étrangers en attente d’expulsion, suspendus à l’espoir d’un recours. Spartiates, les chambres de quatre places bénéficient d’une télévision, mais n’ont aucun casier personnel. Quelques feuilles de papier toilette forment un abat-jour de fortune et rien ne traîne dans le bloc sanitaire gris.
L’entrée débouche sur un poste de police bardé de tableaux indiquant la situation de chaque retenu, les escortes à prévoir pour les audiences ou les embarquements, et quelques notations en rouge : « risque de fuite », « rébellion », « violences + scarifié ». Un détecteur de métaux ouvre sur les quatre boxes aveugles destinés aux visites. À côté, un haut grillage vert permet de « sectoriser la cour en cas de tensions intercommunautaires, même si on ne l’utilise pas », décrypte M. Purchla.
Journées entre babyfoot et stress des démarches judiciaires
Pourtant, les tensions ne manquent pas, reconnaissent tous les interlocuteurs. Il arrive que les retenus de différentes origines « se toisent » au réfectoire, ou que « les chaises volent » quand le médecin refuse de délivrer les médicaments exigés. « Il y a beaucoup de troubles du comportement, généralement “réactionnels” à leur situation », détaille le médecin.
Loïc Montesinos, de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), souligne que « chacun exprime sa détresse différemment - de façon agressive ou dépressive », notamment les sortants de prison qui « ne s’attendaient pas à se retrouver là ». Sur ces journées d’attente, rythmées par une partie de cartes ou de babyfoot, plane aussi la menace des délais « très courts » de recours, selon Forum réfugiés : 48 heures pour le tribunal administratif, 5 jours pour une demande d’asile.
Au final, la moitié de personnes qui seront finalement expulsées, avec les conséquences que l’on imagine sur ces migrants qui ont pour la plupart déboursé des sommes importantes pour entrer en France. Les autres sont libérées sur décision judiciaire ou préfectorale, après avoir obtenu gain de cause dans leurs démarches, à expiration des délais légaux d’enfermement ou si le juge des libertés invalide la procédure de police. Une liberté précaire donc pour ces derniers, jusqu’au prochain contrôle d’identité.
Rached Cherif
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A ne pas confondre avec les zones d’attente, les CRA sont des lieux d’enfermement pour les personnes en situation irrégulière avant un éventuel éloignement du territoire. Joel Saget / AFP
Malgré des conditions de séjour convenables, le centre de rétention administrative (CRA) de Lyon-Saint-Exupéry laisse entières la détresse et l’incertitude des sans-papiers concernés, sources de tensions et de troubles psychologiques. Chose inhabituelle la presse a pu avoir accès à ce centre servant à étudier la situation des personnes en situation irrégulière avant d’autoriser leur remise en liberté sur le territoire français ou – dans la majorité des cas – de décider leur expulsion.
Un ancien hôtel d’aéroport transformé en centre de rétention
D’ordinaire interdit à la presse, comme les 24 autres centres de rétention de France, le CRA de Lyon a ouvert ses portes mardi à Rue89 et l’AFP aux côtés de deux députées européennes, Sylvie Guillaume (PS) et Marie-Christine Vergiat (Front de gauche). Cette visite politico-médiatique s’inscrit dans le cadre de la campagne Open Access Now initiée en janvier 2012 par le Réseau euro-africain Migreurop de défense des droits des migrants et d’Alternative européenne, organisation de promotion de la démocratie et de l’égalité sociale. Une initiative visant à permettre l’accès sans condition de la presse à ces lieux de privation de liberté méconnus du public.
Cerné d’un grillage surmonté de barbelés, cet ancien hôtel Formule 1 qui accueillait hôtesses et stewards de l’aéroport voisin a été transformé en 1995. C’est là que sont conduits, sur simple décision de police, les personnes en situation irrégulières interpellées à la suite d’un contrôle d’identité. En théorie, la justice doit alors décider si l’enfermement est justifié, mais de nombreux migrants sont placés à bord de vols réguliers sur décision préfectorale, avant même que leur cas soit examiné par un juge.
Une cour de promenade a remplacé la piscine et les fenêtres ont été hérissées de grilles. « La culture, c’est de faire en sorte que ça se passe le mieux - ou le moins mal - possible », résume le directeur du centre, le commandant de police Charles Purchla, partisan du « dialogue » et d’une organisation peu coercitive. En aparté, plusieurs sans-papiers le confirment : ils circulent librement entre les chambres et la cour, et n’ont besoin d’aucune autorisation policière pour se rendre au service médical ou à la permanence juridique de l’association Forum réfugiés.
Des conditions très inégales d’un centre à l’autre
Mais, Lyon fait figure de centre « humain », observent les députées, qui ont visité plusieurs CRA dans le cadre d’une campagne européenne destinée à faciliter l’accès aux lieux d’enfermement des étrangers sur tout le continent. « À l’inverse, Marseille est un des pires de France. Il n’y a aucune liberté de circulation, les locaux sont très dégradés et les retenus n’ont aucune activité. Ils ont dû se fabriquer un ballon avec des bouts de chaussettes », confie Marie-Christine Vergiat.
Dans le centre lyonnais de 112 places, où séjournent actuellement 51 hommes et 2 femmes, tout rappelle pourtant l’univers carcéral et la situation d’enfermement et de transit de ces étrangers en attente d’expulsion, suspendus à l’espoir d’un recours. Spartiates, les chambres de quatre places bénéficient d’une télévision, mais n’ont aucun casier personnel. Quelques feuilles de papier toilette forment un abat-jour de fortune et rien ne traîne dans le bloc sanitaire gris.
L’entrée débouche sur un poste de police bardé de tableaux indiquant la situation de chaque retenu, les escortes à prévoir pour les audiences ou les embarquements, et quelques notations en rouge : « risque de fuite », « rébellion », « violences + scarifié ». Un détecteur de métaux ouvre sur les quatre boxes aveugles destinés aux visites. À côté, un haut grillage vert permet de « sectoriser la cour en cas de tensions intercommunautaires, même si on ne l’utilise pas », décrypte M. Purchla.
Journées entre babyfoot et stress des démarches judiciaires
Pourtant, les tensions ne manquent pas, reconnaissent tous les interlocuteurs. Il arrive que les retenus de différentes origines « se toisent » au réfectoire, ou que « les chaises volent » quand le médecin refuse de délivrer les médicaments exigés. « Il y a beaucoup de troubles du comportement, généralement “réactionnels” à leur situation », détaille le médecin.
Loïc Montesinos, de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), souligne que « chacun exprime sa détresse différemment - de façon agressive ou dépressive », notamment les sortants de prison qui « ne s’attendaient pas à se retrouver là ». Sur ces journées d’attente, rythmées par une partie de cartes ou de babyfoot, plane aussi la menace des délais « très courts » de recours, selon Forum réfugiés : 48 heures pour le tribunal administratif, 5 jours pour une demande d’asile.
Au final, la moitié de personnes qui seront finalement expulsées, avec les conséquences que l’on imagine sur ces migrants qui ont pour la plupart déboursé des sommes importantes pour entrer en France. Les autres sont libérées sur décision judiciaire ou préfectorale, après avoir obtenu gain de cause dans leurs démarches, à expiration des délais légaux d’enfermement ou si le juge des libertés invalide la procédure de police. Une liberté précaire donc pour ces derniers, jusqu’au prochain contrôle d’identité.
Rached Cherif
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A ne pas confondre avec les zones d’attente, les CRA sont des lieux d’enfermement pour les personnes en situation irrégulière avant un éventuel éloignement du territoire. Joel Saget / AFP
Malgré des conditions de séjour convenables, le centre de rétention administrative (CRA) de Lyon-Saint-Exupéry laisse entières la détresse et l’incertitude des sans-papiers concernés, sources de tensions et de troubles psychologiques. Chose inhabituelle la presse a pu avoir accès à ce centre servant à étudier la situation des personnes en situation irrégulière avant d’autoriser leur remise en liberté sur le territoire français ou – dans la majorité des cas – de décider leur expulsion.
Un ancien hôtel d’aéroport transformé en centre de rétention
D’ordinaire interdit à la presse, comme les 24 autres centres de rétention de France, le CRA de Lyon a ouvert ses portes mardi à Rue89 et l’AFP aux côtés de deux députées européennes, Sylvie Guillaume (PS) et Marie-Christine Vergiat (Front de gauche). Cette visite politico-médiatique s’inscrit dans le cadre de la campagne Open Access Now initiée en janvier 2012 par le Réseau euro-africain Migreurop de défense des droits des migrants et d’Alternative européenne, organisation de promotion de la démocratie et de l’égalité sociale. Une initiative visant à permettre l’accès sans condition de la presse à ces lieux de privation de liberté méconnus du public.
Cerné d’un grillage surmonté de barbelés, cet ancien hôtel Formule 1 qui accueillait hôtesses et stewards de l’aéroport voisin a été transformé en 1995. C’est là que sont conduits, sur simple décision de police, les personnes en situation irrégulières interpellées à la suite d’un contrôle d’identité. En théorie, la justice doit alors décider si l’enfermement est justifié, mais de nombreux migrants sont placés à bord de vols réguliers sur décision préfectorale, avant même que leur cas soit examiné par un juge.
Une cour de promenade a remplacé la piscine et les fenêtres ont été hérissées de grilles. « La culture, c’est de faire en sorte que ça se passe le mieux - ou le moins mal - possible », résume le directeur du centre, le commandant de police Charles Purchla, partisan du « dialogue » et d’une organisation peu coercitive. En aparté, plusieurs sans-papiers le confirment : ils circulent librement entre les chambres et la cour, et n’ont besoin d’aucune autorisation policière pour se rendre au service médical ou à la permanence juridique de l’association Forum réfugiés.
Des conditions très inégales d’un centre à l’autre
Mais, Lyon fait figure de centre « humain », observent les députées, qui ont visité plusieurs CRA dans le cadre d’une campagne européenne destinée à faciliter l’accès aux lieux d’enfermement des étrangers sur tout le continent. « À l’inverse, Marseille est un des pires de France. Il n’y a aucune liberté de circulation, les locaux sont très dégradés et les retenus n’ont aucune activité. Ils ont dû se fabriquer un ballon avec des bouts de chaussettes », confie Marie-Christine Vergiat.
Dans le centre lyonnais de 112 places, où séjournent actuellement 51 hommes et 2 femmes, tout rappelle pourtant l’univers carcéral et la situation d’enfermement et de transit de ces étrangers en attente d’expulsion, suspendus à l’espoir d’un recours. Spartiates, les chambres de quatre places bénéficient d’une télévision, mais n’ont aucun casier personnel. Quelques feuilles de papier toilette forment un abat-jour de fortune et rien ne traîne dans le bloc sanitaire gris.
L’entrée débouche sur un poste de police bardé de tableaux indiquant la situation de chaque retenu, les escortes à prévoir pour les audiences ou les embarquements, et quelques notations en rouge : « risque de fuite », « rébellion », « violences + scarifié ». Un détecteur de métaux ouvre sur les quatre boxes aveugles destinés aux visites. À côté, un haut grillage vert permet de « sectoriser la cour en cas de tensions intercommunautaires, même si on ne l’utilise pas », décrypte M. Purchla.
Journées entre babyfoot et stress des démarches judiciaires
Pourtant, les tensions ne manquent pas, reconnaissent tous les interlocuteurs. Il arrive que les retenus de différentes origines « se toisent » au réfectoire, ou que « les chaises volent » quand le médecin refuse de délivrer les médicaments exigés. « Il y a beaucoup de troubles du comportement, généralement “réactionnels” à leur situation », détaille le médecin.
Loïc Montesinos, de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), souligne que « chacun exprime sa détresse différemment - de façon agressive ou dépressive », notamment les sortants de prison qui « ne s’attendaient pas à se retrouver là ». Sur ces journées d’attente, rythmées par une partie de cartes ou de babyfoot, plane aussi la menace des délais « très courts » de recours, selon Forum réfugiés : 48 heures pour le tribunal administratif, 5 jours pour une demande d’asile.
Au final, la moitié de personnes qui seront finalement expulsées, avec les conséquences que l’on imagine sur ces migrants qui ont pour la plupart déboursé des sommes importantes pour entrer en France. Les autres sont libérées sur décision judiciaire ou préfectorale, après avoir obtenu gain de cause dans leurs démarches, à expiration des délais légaux d’enfermement ou si le juge des libertés invalide la procédure de police. Une liberté précaire donc pour ces derniers, jusqu’au prochain contrôle d’identité.
Rached Cherif
La transparence des CRA au coeur d’une campagne européennemercredi 17 juillet 2013
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A ne pas confondre avec les zones d’attente, les CRA sont des lieux d’enfermement pour les personnes en situation irrégulière avant un éventuel éloignement du territoire. Joel Saget / AFP
Malgré des conditions de séjour convenables, le centre de rétention administrative (CRA) de Lyon-Saint-Exupéry laisse entières la détresse et l’incertitude des sans-papiers concernés, sources de tensions et de troubles psychologiques. Chose inhabituelle la presse a pu avoir accès à ce centre servant à étudier la situation des personnes en situation irrégulière avant d’autoriser leur remise en liberté sur le territoire français ou – dans la majorité des cas – de décider leur expulsion.
Un ancien hôtel d’aéroport transformé en centre de rétention
D’ordinaire interdit à la presse, comme les 24 autres centres de rétention de France, le CRA de Lyon a ouvert ses portes mardi à Rue89 et l’AFP aux côtés de deux députées européennes, Sylvie Guillaume (PS) et Marie-Christine Vergiat (Front de gauche). Cette visite politico-médiatique s’inscrit dans le cadre de la campagne Open Access Now initiée en janvier 2012 par le Réseau euro-africain Migreurop de défense des droits des migrants et d’Alternative européenne, organisation de promotion de la démocratie et de l’égalité sociale. Une initiative visant à permettre l’accès sans condition de la presse à ces lieux de privation de liberté méconnus du public.
Cerné d’un grillage surmonté de barbelés, cet ancien hôtel Formule 1 qui accueillait hôtesses et stewards de l’aéroport voisin a été transformé en 1995. C’est là que sont conduits, sur simple décision de police, les personnes en situation irrégulières interpellées à la suite d’un contrôle d’identité. En théorie, la justice doit alors décider si l’enfermement est justifié, mais de nombreux migrants sont placés à bord de vols réguliers sur décision préfectorale, avant même que leur cas soit examiné par un juge.
Une cour de promenade a remplacé la piscine et les fenêtres ont été hérissées de grilles. « La culture, c’est de faire en sorte que ça se passe le mieux - ou le moins mal - possible », résume le directeur du centre, le commandant de police Charles Purchla, partisan du « dialogue » et d’une organisation peu coercitive. En aparté, plusieurs sans-papiers le confirment : ils circulent librement entre les chambres et la cour, et n’ont besoin d’aucune autorisation policière pour se rendre au service médical ou à la permanence juridique de l’association Forum réfugiés.
Des conditions très inégales d’un centre à l’autre
Mais, Lyon fait figure de centre « humain », observent les députées, qui ont visité plusieurs CRA dans le cadre d’une campagne européenne destinée à faciliter l’accès aux lieux d’enfermement des étrangers sur tout le continent. « À l’inverse, Marseille est un des pires de France. Il n’y a aucune liberté de circulation, les locaux sont très dégradés et les retenus n’ont aucune activité. Ils ont dû se fabriquer un ballon avec des bouts de chaussettes », confie Marie-Christine Vergiat.
Dans le centre lyonnais de 112 places, où séjournent actuellement 51 hommes et 2 femmes, tout rappelle pourtant l’univers carcéral et la situation d’enfermement et de transit de ces étrangers en attente d’expulsion, suspendus à l’espoir d’un recours. Spartiates, les chambres de quatre places bénéficient d’une télévision, mais n’ont aucun casier personnel. Quelques feuilles de papier toilette forment un abat-jour de fortune et rien ne traîne dans le bloc sanitaire gris.
L’entrée débouche sur un poste de police bardé de tableaux indiquant la situation de chaque retenu, les escortes à prévoir pour les audiences ou les embarquements, et quelques notations en rouge : « risque de fuite », « rébellion », « violences + scarifié ». Un détecteur de métaux ouvre sur les quatre boxes aveugles destinés aux visites. À côté, un haut grillage vert permet de « sectoriser la cour en cas de tensions intercommunautaires, même si on ne l’utilise pas », décrypte M. Purchla.
Journées entre babyfoot et stress des démarches judiciaires
Pourtant, les tensions ne manquent pas, reconnaissent tous les interlocuteurs. Il arrive que les retenus de différentes origines « se toisent » au réfectoire, ou que « les chaises volent » quand le médecin refuse de délivrer les médicaments exigés. « Il y a beaucoup de troubles du comportement, généralement “réactionnels” à leur situation », détaille le médecin.
Loïc Montesinos, de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), souligne que « chacun exprime sa détresse différemment - de façon agressive ou dépressive », notamment les sortants de prison qui « ne s’attendaient pas à se retrouver là ». Sur ces journées d’attente, rythmées par une partie de cartes ou de babyfoot, plane aussi la menace des délais « très courts » de recours, selon Forum réfugiés : 48 heures pour le tribunal administratif, 5 jours pour une demande d’asile.
Au final, la moitié de personnes qui seront finalement expulsées, avec les conséquences que l’on imagine sur ces migrants qui ont pour la plupart déboursé des sommes importantes pour entrer en France. Les autres sont libérées sur décision judiciaire ou préfectorale, après avoir obtenu gain de cause dans leurs démarches, à expiration des délais légaux d’enfermement ou si le juge des libertés invalide la procédure de police. Une liberté précaire donc pour ces derniers, jusqu’au prochain contrôle d’identité.
Rached Cherif