à propos de l’accès des associations dans les lieux d’enfermement d’étrangers (cf la dernière réunion de l’OEE le 2 avril), quelques échos belges de la campagne de Migreurop et Alternatives européennes pour un droit de regard dans ces lieux (Open Access Now)
« Access denied » : le centre fermé de Bruges refuse l’accès aux médias
Publié le 26 avril 2012 par alterechos
Les demandes de “droit de regard” dans les centres fermés introduites à l’Office des Étrangers ont été refusées. Les zones d’ombre persistent. Pour nous. Pour vous.
Migreurop, cette organisation inter-associatives européenne (en Belgique le CNCD, le CIRE, la Ligue des Droits de l’Homme et le SAD en sont membres) réclamait davantage de transparence des autorités sur les lieux d’enfermement des migrants. Visant cet objectif, elle avait associé la presse à sa campagne. « Open Access : Ouvrez les portes ! On a le droit de savoir ! » visait à combattre cette « opacité maintenue par les États, propice aux dérives et à de multiples violations des droits » des personnes en séjour illégal. Demande avait donc été déposée pour la visite du centre fermé de Bruges pour laquelle quatre journalistes (seulement) avaient manifesté leur intérêt. Traitant des matières sociales d’immigration et de droits de l’homme, Alter Echos avait pris la balle au bond.
Les portes restent fermées
Mais l’office des étrangers s’y est opposé par deux fois, confirmant du même coup l’opacité qui règne effectivement autour de ces centres. Transformant la demande d’ « open access » en en brutal « access denied ». Les portes restent donc fermées, ce qui constitue une information en soit, digne d’intérêt. Libre d’interprétation.
Pour Migreurop, la demande prenait valeur de test, et ce à l’échelle européenne : les autorités assumeront-elles la réalité des centres fermés en l’exposant au regard de la société civile ou continueront-elles de se murer dans le musèlement ? Pour Alter Echos, elle constituait l’occasion de mettre en lumière ce qui est tari dans l’ombre. Ce test de transparence, les autorités, belges, françaises, italiennes ou encore espagnoles, ont préféré le botter en touche. Le motif ? La réalisation d’un reportage dans le cadre de cette campagne ne contribuerait pas à « la politique d’humanisation des centres fermés ». L’argument est aussi caduque que paradoxal. La question que nous sommes en droit de nous poser est alors elle-ci : La déshumanisation ne serait-elle pas le fruit de ce refus de mettre des visages sur une réalité ?
Quand le droit est invoqué
Les responsables du centre fermé de Bruges se sont référés à l’article 40 de l’arrêté royal du 2 août 2002 selon lequel « les résidents ne peuvent pas être exposés à la curiosité du public ». Migreurop soulève cependant que « le second alinéa de ce même article stipule qu’ “ils ne peuvent être ni soumis sans leur consentement aux questions de journalistes […] ni filmés”. En conséquence, si les détenus y consentent, les journalistes devraient pouvoir s’entretenir avec eux. » La curiosité n’est pas systématiquement un vilain défaut…
« Invisibles, inaccessibles, impénétrables, comment expliquer cet acharnement à faire de ces lieux des « non lieux » ? Qu’essaie-t-on de nous cacher ? », s’interoge Migreurop, qui fait appel à l’article 11 de la Charte des Droits Fondamentaux sur la liberté d’accéder et de diffuser de l’information. On lui emboite le pas.
« La Caricole » : droit de regard sélectif
Le nouveau centre fermé de Steenlokerzeel, dit « Caricole », sera par ailleurs inauguré ce mercredi par Maggie De Block et le Secrétaire d’État à des bâtiments, Servais Verherstraeten. « les murs changent, l’indignité reste », déplore le Ciré. Alors, même si le bâtiment est flambant neuf et vient se substituer au vétustes voire insalubres centre 127 bis et le centre Inad – pour « inadmissibles » – sa fonction est équivalente à ceux-ci : priver des migrants de liberté, pour la plupart parce qu’ils demandent l’asile, soit la protection de la Belgique, à la frontière. Or, selon les principes internationaux, le placement en détention doit être l’exception et non la règle. D’ailleurs, une personne ne peut être placée en détention au seul motif qu’elle demande l’asile. « Injustifiable », s’insurge le Ciré, qui appelle à la mise en place d’alternatives à la criminalisation des demandeurs d’asile.
Pour cet événement, des invitations ont été transmises par le service presse de la Secrétaire d’État à la migration à un certain nombre de journalistes. Alter Echos n’en fait malheureusement pas partie. Mais l’occasion est belle pour ceux qui y ont été conviés de revenir sur ce refus de regard dans des centres fermés à l’œil de la société civile. Et de mettre les autorités devant leurs responsabilités et leurs manquements.
Valentine Van Vyve
# # Un article de Claire Pêcheux (blog AI) sur le nouveau centre caricole. Elle conclut en déplorant les deux refus d’accès pour la visite avec journalistes du centre de Brugge, visite que nous avions tenté d’organiser dans le cadre de la campagne Migreurop « Open access Now » et à laquelle la journaliste adhérait.# INAUGURATION DU NOUVEAU CENTRE FERME CARICOLE
mercredi 25 avril 2012
Claire Pêcheux
Ce centre moderne, installé à proximité de l’aéroport de Bruxelles national, remplacera très prochainement le centre 127, jugé vétuste et insalubre, et le centre INAD (pour inadmissible) installé dans l’enceinte de l’aéroport.
Disons-le d’emblée, je n’étais pas à l’inauguration, je ne peux donc pas vous dire à quoi ressemble le centre « Caricole », mais le reportage d’Arnaud Ruyssen sur la première (RTBF) montrait notamment que, côté sécurité, rien n’avait été laissé au hasard. Pas de barreaux aux fenêtres, mais des vitres blindées qui déclenchent une alarme assourdissante dès qu’on les cogne brusquement, des barrières et des fils barbelés qui cernent le terrain, des cellules d’isolement pour les récalcitrants et un nombre important d’agents de sécurité : 70 pour 90 « résidents », comme les appelle l’Office des étrangers. « L’objectif consiste d’une part à créer autant que possible dans le bâtiment un climat de sécurité et de convivialité, ainsi qu’une certaine liberté de mouvement. », déclare la secrétaire d’état à l’asile et à la migration, Maggie De Block à l’agence Belga. Une liberté toute relative, puisqu’il n’est pas question de quitter le centre. C’est ce que déplorent plusieurs organisations dont le CIRE (coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers).
Dans le nouveau centre, l’Office des étrangers pourra, en effet, enfermer non seulement des demandeurs d’asile déboutés avant leur rapatriement « volontaire », mais aussi des étrangers qui demandent l’asile à la frontière. « Les principes internationaux en matière de droits humains stipulent clairement que leur placement en détention doit être l’exception et non la règle et qu’une personne ne peut être placée en détention au seul motif qu’elle demande l’asile. », déplore le CIRE qui s’oppose à l’existence même des centres fermés et qui se demande pourquoi la Belgique ne met pas en place des alternatives positives à l’enfermement du type des logements gérés par l’Office des étrangers pour héberger les familles, au lieu de créer des centres fermés coûteux et inhumains.
Des centres fermés qui sont par ailleurs inaccessibles aux journalistes. Récemment, en effet, Migreurop qui rassemble plusieurs associations européennes dont la Ligue des droits de l’homme, le CNCD et le CIRE en Belgique, réclamait plus de transparence sur les lieux d’enfermement des migrants. Deux demandes d’accès au centre fermé de Bruges ont été adressées à l’Office des étrangers. Elles ont été toutes les deux refusées, sous prétexte que les reportages qui y seraient réalisés « n’apporteraient pas de plus-value à la politique d’humanisation des centres ». Il serait temps que l’Office des étrangers comprenne qu’en bouclant ses centres fermés, on peut imaginer le pire.