dispersion des jungles calaisis, suites

Des migrants de Norrent-Fontes sortis de centres de rétention témoignent

La Voix du Nord 15/11/2015
PAR SHEERAZAD CHEKAIK-CHAILA, PHOTO PASCAL BONNIÈRE Une maraude sociale « La police m’a montré un papier. On m’a dit Si tu signes, t’es libre dans 24 heures », raconte Abdel*, un Érythréen de 19 ans, interpellé une nuit sur le port de Calais. En réalité, l’adolescent a été envoyé à Sète, où il a passé cinq jours au centre de rétention administrative, la semaine dernière. Les récits comme le sien se multiplient ces derniers jours car les interpellations sont plus nombreuses. Elles « concernent en grande majorité les migrants qui entrent sur le site d’Eurotunnel et sur le port », précise Gille Debove, délégué syndical Unité SGP-Police, en charge du littoral. Abdel n’aurait pas bien compris la teneur du papier signé. Le policier en doute : « Quand on n’a pas la possibilité d’avoir un traducteur, il y a carence donc la procédure s’arrête. Sinon, ça serait des arrestations arbitraires. » « Les exilés sont perdus » De nouveau libre, le jeune Érythréen a repris le train, sans le sou, direction Norrent-Fontes. « Il a mis trois jours pour revenir », traduit Mohamed* pour son camarade qui a passé deux nuit à la rue. Pas découragé, le garçon est déjà prêt à retenter un passage en Angleterre. Un homme plus âgé dit avoir été envoyé à Paris pour cinq jours de « prison ». « Les exilés sont perdus. L’État d’un côté leur propose un dispositif qui pourrait être bien mais qui est très flou, d’un autre les arrête et les gaze comme à Calais », résume Nathalie Perlin, vice-présidente de Terre d’errance, présente au quotidien au camp. Atem*, 40 ans, détaille son arrestation à mi-voix. C’était le 30 octobre, sur le port de Calais. Le Soudanais s’était glissé dans la remorque d’un camion avec d’autres réfugiés. La police les a trouvés lors d’un contrôle. « Les femmes ont été relâchées et les hommes amenés au poste de police », détaille-t-il. Avec lui, trois autres migrants. « Ils ont demandé l’âge, le nom, l’origine. Puis de signer un papier en nous disant : On va vous emmener dans un centre loin d’ici. Il n’y a rien à craindre. » Il paraphe le document. « Ensuite, ils ont pris nos lacets. On a attendu plusieurs heures, puis on est allés à l’aéroport », poursuit-il. Atem a atterri à Toulouse, avec une trentaine de migrants et autant de policiers, chacun le sien. Une fois au CRA de Toulouse, « on a vu un médecin, on a été pris en photo et on a pris un repas ». Il passe cinq jours en rétention. Comme les autres, il parle de son téléphone. Tous ont été autorisés à garder les appareils, à condition qu’ils ne soient pas équipés de caméras. « De Calais à Toulouse, on ne nous a rien expliqué, confie Atem. J’étais effrayé. » On évoque l’asile en France. Il hausse les épaules et murmure : « Peut-être. » Mais à quel prix ? *Prénoms d’emprunt «Ça ne fait que repousser le problème» Fin octobre, un seuil critique de 6 000 migrants a été atteint à Calais. Depuis, les arrestations et les placements en centre de rétention ont augmenté. Certains réfugiés en transit à Norrent-Fontes ont été interpellés. L’idée ? Décourager les réfugiés, déjà éprouvés par un exil pénible, de tenter de franchir la frontière vers l’Angleterre en les éloignant un maximum de la région. Une stratégie qui pèse aussi sur le moral des fonctionnaires de police. « Ça fait des années qu’on dit qu’on est usé », déclare Gilles Debove, délégué syndical Unité SGP-Police, en charge du littoral. Son collègue, Bruno Noël, secrétaire régional pour le syndicat Alliance, parle de policiers « complètement démotivés (…) On sature, c’est fini ». Cazeneuve assume, la Cimade accuse Face à cette situation explosive, Bruno Noël dit craindre des drames qui pourraient toucher les migrants, la population locale et les forces de l’ordre. Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, lui, assume dans la presse cette « mesure dissuasive ». La Cimade, « association de solidarité active avec les migrants », avançait le 6 novembre, le nombre de 664 migrants placés en centre de rétention, et dénonçait une mesure « contre-productive », puisque selon l’association la grande majorité des exilés sont relâchés au bout de cinq jours de rétention et regagnent Calais ou les environs. « Quelque part, ça ne fait que repousser le problème, concède Bruno Noël. On vide la mer avec une petite cuillère. »

IL faudra décider quand on fait partir la lettre à Cazeneuve qui est prête (reste juste à intégrer les quelques motifs qui ont été suggérées) ;
Patrick

Pour info, le 15 novembre au CRA de Vincennes ont été placées 14 personnes et hier, 25 personnes au CRA de Oissel, tous par la Préfète du 62.

Les rafles continuent donc. Sans les avions, avec des bus, mais elles continuent.